Le statut s’acquiert et se perd, la compétence s’exprime et se développe. Cette affirmation, pouvant s’appliquer à de nombreux domaines, est cependant extrêmement adaptée aux notions de leader et de leadership en ce début de 21eme siècle ancré dans le retour des états nations, le choix d’hommes forts dans de nombreux pays ou encore la suprématie des GAFAM.

Être un Leader correspond à occuper un statut particulier dans une organisation quand le leadership est l’action du leader appuyant son accession à la fonction et, ou, pour l’exercice de ses responsabilités. Le 20 janvier 2017, Donald Trump est devenu le leader des États-Unis mais son leadership s’est exprimé avant cette date pour y parvenir et après cette date pour mettre en œuvre son projet.

Leader : un statut qui s’acquiert

Etre ou devenir leader souligne le caractère statutaire du Leader. La volonté de le rester termine d’asseoir l’idée. Leader est un état. Leader est avant tout un qualificatif, une fonction, un titre ou une reconnaissance. Le leader incarne une vision, symbolise des valeurs et représente un groupe d’individus. Il n’est pas propriétaire de la globalité des convictions qu’il représente mais il est le point de convergence des aspirations, des volontés et des espoirs au sein du groupe tout en étant le point visible, audible et concret face à l’extérieur. La preuve en est la succession de différents leaders à la tête d’une même organisation dont un exemple pourrait être celle des papes à la tête de l’église catholique sans pour autant modifier les valeurs originelles de l’institution.

Quel que soit le système de désignation ou d’accession au statut de leader, l’individu devient leader. Il n’existe pas de leader par essence. Que ce soit par son lignage dans des systèmes féodaux ou traditionnels, par la voie légale dans des systèmes institutionnels et normés ou par la conquête et la victoire dans l’affrontement, le leader n’est leader qu’à condition d’être légitimement reconnu dans le système en place. Pour cela, le leader doit suivre un parcours ascendant vers la fonction ou le titre en accomplissant les actions nécessaires d’une part et suffisantes de l’autre. En France, même dans le système monarchique de droit divin, la désignation d’un nouveau roi passait nécessairement par la disparition du précédent puis, de manière généralement suffisante, par un couronnement à un âge raisonnable sans quoi une régence s’exerçait.

Aujourd’hui, tout prétendant à la présidence de la république française doit nécessairement avoir un programme politique ou le nombre minimum de signature pour présenter sa candidature sans que cela ne suffise pour autant à son accession à la fonction présidentielle. Cependant, il n’est pas nécessaire d’obtenir cent pour cent des votes, simplement un peu plus que l’adversaire est suffisant. De même, pour une entreprise, gagner des parts de marché est nécessaire pour s’imposer comme leader de son domaine d’activité mais loin d’être suffisant. Rien ne peut être réalisé sans le nécessaire mais tout dépend du suffisant.

Leadership : faire naitre la confiance du groupe

Le leadership peut être défini comme la capacité d’un individu à faire adhérer et fédérer d’autres individus en un groupe volontairement uni autour d’un projet commun. Selon cette définition, le leadership crée de la cohésion et du lien entre des individus. Ces derniers s’organisent alors en groupe. C’est ainsi que naissent les partis politiques, les mouvements sociaux, les associations culturelles…. Ces organisations répondent aux besoins partagés, au moins pour partie, par leurs membres. Le leadership agit alors comme le catalyseur d’un processus de rassemblement, de fusion ou d’agrégation d’individus autour de la vision d’un seul. Le destin de Martin Luther King résume à lui tout seul cette notion de projet personnifié répondant à un besoin collectif.

Cet aspect du leadership est un moyen incontestable d’accès au statut de leader, moyen généralement accepté spontanément par les groupes car reconnu comme légitime. Il est vrai qu’un individu qui rassemble inspire confiance au groupe en termes de projections de l’individu au poste de leader. Cette aptitude, concourante au leadership sans en représenter l’exhaustivité, déclenche un mécanisme cyclique vertueux selon lequel la capacité de fédérer un petit nombre facilite l’adhésion d’un plus grand. Le sentiment de confiance est l’effet réel produit sur les individus par le leadership. Que les conséquences soient catastrophiques, comme dans le cas d’Hitler, ou magnifiques, comme pour Gandhi, le processus est immuable.

C’est ce sentiment de confiance qui convainc les individus de s’engager ou de rester dans le groupe. Or celui-ci est en grande partie créé par le leadership de l’individu lui-même plus que par les idées qu’il défend. Tous les individus sont capables de défendre et promouvoir les idées du groupe mais tous ont le sentiment que le leader est le plus apte à le faire. Le leadership d’un individu l’impose volontairement ou involontairement comme leader du groupe dès lors que les membres préfèreront placer leur avenir entre les mains de ce leader plutôt qu’entre n’importe quelles autres y compris les leurs. Dans les années suivant la révolution française, la situation troublée et incertaine du pays a permis à Napoléon Bonaparte de prendre le pouvoir avec l’assentiment global de la population.

Leader & leadership : l’exercice du pouvoir

S’il est parfois difficile d’accéder à la fonction de Leader, il est encore plus difficile de s’y maintenir. En effet, si la confiance se gagne, elle se perd aussi et, souvent, plus rapidement. Avant sa prise de fonction, le leader est la réponse à un besoin collectif. Après, le rapport s’inverse, le leader a une dette morale envers son groupe. De solution vers laquelle converge les espoirs, il peut devenir le problème qui concentre les déceptions. Si le manager doit conserver la confiance de ses chefs par ses résultats, le leader doit entretenir la confiance de son groupe par ses actions. En termes politiques, la mesure prise par le chef de l’état suffit à calmer la gronde populaire sans pour autant en connaître le résultat alors qu’en termes sportifs, un entraîneur qui perd trop de match est menacé de licenciement quelque soient les actions entreprises.

C’est ici que le leadership prend tout sens. S’il fait naitre la confiance dans l’accession, il inspire la loyauté dans l’action. Le leadership s’exprime alors par la capacité du leader à conserver le cap dans la tempête tout en rassurant son équipage pour mobiliser la totalité de ses forces face aux difficultés. Chacun alimente l’autre : le leader encourage les actions du groupe et les effets du groupe soutiennent la stratégie du leader. Le leadership renforce le lien du leader avec son groupe dans l’exercice du pouvoir par une saine répartition des tâches dans un esprit de corps respectueux de tous et mutuellement bienveillant. A ce titre, l’action de Churchill durant toute la période insoutenable de blitzkrieg pendant la seconde guerre mondiale est une source d’inspiration intarissable.

Mesurer la performance du leadership dans l’exercice du pouvoir, c’est tout simplement évaluer la loyauté du groupe à la stratégie mise en place par le leader. Améliorer cette même performance, c’est comprendre que le statut de leader n’est que le moyen d’exprimer son leadership au service du groupe et n’a pas pour but de créer une barrière de valeur entre un individu et le groupe. Il est décisif que le leadership intègre cette vision partagée à la fois par le leader mais également par le groupe. Sans prédominance ni de l’un ni de l’autre, le leadership répond au besoin fondamental de réciprocité. Lorsqu’un simple citoyen interpelle le président de la république française Emmanuel Macron au cours de l’été 2020 en lui invectivant qu’il est « son employé » sans réaction franche de ce dernier, le leadership est au niveau zéro tant le leader cautionne le refus de réciprocité contraire à un leadership efficace pourtant nécessaire au bien commun du groupe.

 

Conclusion

Par définition, il n’y a qu’un leader par groupe. C’est un état de fait, absolument binaire. On devient leader, on l’est et on cesse de l’être. On nait, on vit et on meurt. Le leader doit faire preuve de leadership. Même si le leadership ne conduit pas forcément à la fonction de leader, il est indispensable à son exercice.

A l’inverse de l’exclusivité du rôle de leader réservé à un seul individu du groupe, tous les individus possède un niveau différent de leadership. Si celui-ci est apprécié en projection pour l’accession au statut de leader, il est en revanche décisif dans l’exercice des responsabilités.

Dans un monde régi par la loi des causes et de conséquences, le leadership est la voie du leader pour générer les forces suffisantes au sein du groupe capables de suivre la stratégie face à l’adversité. C’est par la révélation de sa loyauté au groupe que le leader obtient la réciproque sauf à douter de ses propres intentions.